Photo de mariage ou Burnout ?
Je viens de finir ma sixième saison de mariage.
Cette année, j’ai décidé d’en faire moins. Moins, car l’année dernière j’en ai fait beaucoup, beaucoup trop.
Ça c'est Adèle et moi juste à la sortie de la cérémonie religieuse dans la magnifique cathédrale de Rennes. C'était magnifique comme moment. Adèle est chanteuse, tout les chanteurs de la cérémonie étaient des amis à elle.
Je m’explique…
Le mariage reste une journée unique, un moment à part entière. Quelque chose qui a été préparé depuis des mois, même souvent depuis des années. On souhaite l’excellence pendant cette journée, que tout se passe bien, que les invités soit ravis, que l’on parle de ce mariage comme LE MEILLEUR mariage auquel on a assisté.
Quand je dis que j’en ai beaucoup trop fait l’année dernière, il faut que je précise.
Pour moi aussi derrière mon appareil photo, j’aime sentir cette excitation, cette journée particulière, les différentes émotions par lesquelles on passe tous. Les parents des mariés un peu stressés pour que tout se déroule bien, le/la marié en détente complète ou pas, les témoins qui arrosent trop vite ce magnifique événement, le cousin qui n’a pas assez de place dans sa voiture pour aller à la cérémonie. Tout ça crée un joli bazar, et j’adore ce joli bazar. Je l’aime tellement que l’année passée, j’ai failli rompre avec lui.
Photos extraites du film réalisé pour le mariage de Helen & Michael au magnifique Chateau Rigaud à Saint-Emilion.
Pour certains, ça pourra paraître peu, mais j’ai fait une quinzaine de mariages dans toute la France. À savoir que le mariage n’est pas la seule partie de mon activité. Et cette quinzaine de mariages, c’était trop.
À partir d’un certain moment, je n’arrivais plus à apprécier cette journée magnifique, je ne prenais plus de plaisir d’immortaliser toutes ces magnifiques émotions. Au bout d’un certain temps, c’était un grand copier-coller, les mariages se ressemblaient, les cérémonies se mêlaient les unes aux autres, je n’arrivais plus a être créatif et pour être franc ça m’a fait peur sur la fin.
Suis-je vraiment en train de me dégoûter de quelque chose qui me fait normalement vibrer.
Je pleure souvent aux mariages de gens que je connais à peine, j’aime frissonner à voir que des gens s’aiment, j’aime faire comme si je faisais partie de la famille. On me demande d’ailleurs assez souvent : “mais vous êtes un relatif des mariés, un cousin, un pote de pote ?”, non non, j’aime juste être proche des gens, ça aide à aller chercher les émotions qu’on aime montrer, ça aide à mettre les mariés à l’aise, ça aide à tout simplement passer une belle journée. (Je m’égare.)
Cette saison a failli me dégoûter des mariages.
J’ai beaucoup réfléchi à ca. Comment peut-on se dégoûter de quelque chose qu’on aime autant. C’est assez simple. Les fraises, c’est trop bon, mais si je mange des fraises tous les jours pendant 15 j, est-ce que j’aimerais toujours les fraises à la fin ? (merci mamie pour la punchline)
Je suis content d’avoir poussé la barre trop haute cette saison-là. Je suis content d’avoir clairement touché mon plafond de verre et ça m’a fait réfléchir.
Honnêtement 15 mariages dans la saison ça ce fait, j’ai des collègues qui en font largement plus. Hin Cleya :)
Mais est-ce que ces gens ont le même background pro ?
Est-ce que ces gens font d’autres activités à l’année en dehors des mariages ?
Ou tout simplement, est-ce que ces gens ont une endurance que moi, je n’ai pas ?
"Samy vu que t'es grand tu peux nous aider avec la robe?" :)
Ça a été dure honnêtement, car même si c’est mon métier, je veux continuer de vibrer aux mariages que je shoot, je veux continuer à faire des films qui font pleurer toute une famille, je veux continuer à recevoir des “On a reregarder le film de notre mariage 3 ans après et toute les émotions sont remontées”, je veux continuer à avoir la chair de poule quand je monte un moment de pleure de joie, dans une vidéo.
Tout ça, je l’ai perdu l’instant d’une fin de saison de mariage trop chargée.
Du coup, le fait d’avoir touché cette limite m’a décidé à en faire moins pour le faire mieux.
Je limite la quantité de mariages que je fais dorénavant, je veux garder cette excitation le matin des mariages que j’adore. Arriver à un domaine, rencontrer les familles, découvrir le costume du marié, la robe de la mariée, les jolis recoins des domaines que nous utiliserons pour la séance couple.
Je voulais écrire ça aujourd’hui pour m’en servir de mémo, un article un peu intime qui me rappellera que l’avidité a failli me dégoûter de quelque chose que j’adore et qui tous les ans me fait du bien. Que même si notre métier est parfois difficile, car instable, il ne faut pas tout accepter. À vouloir trop en faire, très souvent, on le fait moins bien et faire moins bien sur un mariage ce n'est pas acceptable. Ces photos et vidéos que nous façonnons seront regardées dans 20/30 ans, seront montrées aux petits-enfants un soir de Noël. On y pense pas assez souvent à ça, dans un monde où tout se consomme trop vite.
Nous c’est une journée dans notre vie d’entrepreneur, mais pour les mariés c’est une journée très importante dans leurs vies.
Samy
N’hésitez pas à commenter et lancer une discussion si c’est quelques chose qui vous touche également. J’avais eu pas mal de retours sur le précédent article qui d’ailleurs est un peu en lien avec celui la. Quantité ou qualité?
A bientot
(Merci Kazya pour les photos Backstage.)