Coup de mou tout les 6 mois
Ca fait 3 jours que je fais du montage, les volets fermés, habillé en jogging en faisant un repas par jour et je remet tout en question.
J’ai cette petite personne au dessus de mon épaule qui m’emmène dans cette zone de flou et de remise en question totale, que j’appellerais Mireille pour cet article. (je ne sais pas pourquoi Mireille)
Ca fait un peu plus de 10 ans que je suis freelance et tout les 6 mois c’est la même chose, je remet tout en question, je déprime et je me dis que j’ai pas fait le bon choix,
que le mois prochain j’ai aucun projet dans mon calendrier, donc je ne vais pas réussir à payer mon loyer, donc je vais devoir trouver un autre job , donc je vais être encore plus déprimé parce que je ne fais pas ce qui m’anime, mais qu’en fait là, en freelance, 80% des contrats que je fais c’est des choses qui ne m’intérèsse pas, qu’au final peut être que la passion ca suffit pas, peut-être que c’était pas le bon choix de vivre de sa passion, peut-être que Mireille sera là pour toujours.
Cette année aura été l’année où j’ai fais le plus d’argent depuis que j’ai commencé et pourtant Mireille ne me quitte pas. Je pense qu’elle ne me quittera jamais. J’ai en plus fais une majorité de projets qui m’intéressais, donc vraiment une année top… normalement.
Je pensais vraiment être le vilain petit canard, faire ce métier depuis plus de 10 ans et toujours être dans l’incertitude. “Samy ça fait 10 ans quand même, tu dois avoir des tonnes de clients, ca doit rouler tout seul maintenant"?”.
Honnêtement NON. Ca aurait été le cas si j’avais choisi de rester dans la même ville et le même pays ces 10 dernières années, et encore je ne sais même pas si ca change quelque chose. D’avoir fait Rennes > Londres > Paris > Rennes m’aura apporté beaucoup de choses mais pas la stabilité professionnelle. On les voit, les business perreins sont souvent des gens en place depuis des années, à faire la même chose au même endroit et ca fonctionne, c’est peut-être ca qu’il me manque au final. De la Régularité.
Je lisais hier un collègue sur instagram qui disait “'je suis partis en vacances 10 jours à Dubaï, ca faisait 7 ans que j’en avais pas pris, mais je pense que je n’aurais pas du, car j’en ai pas vraiment profité par la peur de rater des opportunités quand j’étais la bas.” C’est extrêmement triste de voir ca, ce gars travaille pour des grandes marques de prêt à porter sur Paris et pourtant, lui aussi à peur de manquer et Mireille ne le quitte pas lui non plus.
Cette année je suis partis pour la première fois en VRAIES vacances avec ma compagne, (nous sommes ensemble depuis 8ans), c’était incroyable, paradisiaque, reposant, nous étions content de profiter de l’argent durement gagné cette année. Nous sommes rentrés à Rennes après 3 semaines de déconnection. Je n’ai pas eu un seul client de tout le mois de Septembre et la BOUM retour dans la zone de remise en question. “Est-ce que j’ai bien fait de partir en vacances aussi longtemps, j’aurais pas du dépenser cet argent au cas où quelque chose arrive…”
NON NON NON. C’est mauvais, très mauvais de penser ca.
Il est où l’intérêt de bosser autant pour ne pas en profiter à un moment ou un autre? Pourquoi je n’arrive pas à me dire que ca va aller? Ca fait 10ans… 10ans que ca marche, pourquoi ca ne marcherait pas demain, le mois prochain et tout le temps en fait?
Et bien tout ça a cause de ce petit mois de Septembre, un petit trou dans une année incroyablement chargée, un petit trou qui te fais te rappeler qu’il y aura toujours une faille. Que cette faille elle peut durée plus qu’un petit mois, que peut-être tout tes clients, tous ensemble au même moment peuvent décider de ne plus bosser avec toi, que peut-être les IA vont te remplacer (c’est une boutade), que peut-être, peut-être, peut-être que Mireille a raison de te faire douter.
On ne devrait pas constamment avoir ce sentiment de FOMO (peur de manquer) . Au bout d’un moment il devrait s’estomper? Et bien je crois que non, il est là et il restera là. Là au dessus de ton épaule, à te rappeler constamment que même si aujourd’hui ça marche super bien, le mois prochain peut-être que personne ne va t’appeler, peut-être que le mois prochain tu retomberas dans cette zone peu confortable, de remise en question totale et que Mireille avait raison au final. Il faut vivre avec, la voir comme un motivant et non pas comme un boulet. C’est marrant car j’écris ça et je suis en bagarre perpétuelle, depuis mes débuts, avec Mireille. Cet été ca m’est arrivé de faire des semaines à largement plus de 80h je pense, entre les mariages, les projets entreprises et les shoots pour les équipes de sport à Paris. Et même pendant ces temps intenses la question était toujours la, Mireille me chuchotais : “Ca va pas durer Samy donc continu de charbonner”. (ouai Mireille c’est un peu une wesh wesh)
La discussion qui revient souvent avec les freelances c’est : “Je pense vraiment à changer, retourner bosser en agence, comme ca plus de stress, plus de papiers à gérer!”
Oui mais non! Je pense qu’a un moment dans ta tête, si la lumière du freelance s’est allumée elle ne s’éteindra pas (). Il y a les gens qui ne veulent justement pas de ce stress permanent et qui du coup sont parfaitement adaptés aux emplois en entreprises, et il y a les gens qui ont besoin de cette motivation/stress pour avancer. J’ai bossé en entreprise et j’avoue que c’est confortable. Le même salaire qui tombe tout les mois, les prises de décisions à plusieurs, l’automatisation quasi complète de la paperrasse, ca donne envie. Il y a vraiment du bien dans les deux. L’entreprise est un siège confortable qui t’amènera tranquillement la où tu veux aller, sans trop de stress en faisant ce qui t’anime et que tu as souvent choisi (ou pas d’ailleurs) et il y a le siège moins confortable dans la voiture du freelance qui n’est pas du tout sure de t’emmener la où tu le souhaites qui est moins confortable mais qui t’apportera "peut-être” l’excitation quotidienne que tu n’auras pas forcément avec la voiture confortable qu’est l’entreprise.
C’est vraiment surprenant cette pensée que beaucoup de gens autour de moi et moi même ont en permanence. “Moi je fais un métier passion pour faire des projets incroyable, aller photographier les pingouins au Groenland par exemple” et là, la vraie vie vient nous frapper en pleine face beaucoup plus rapidement qu’on ne l’attendait : “Hey coco lundi y a le loyer à payer”.
Il faut vivre, faire des sous, construire quelque chose de perrein pour le futur. Donc on va oublier les rêves d’aller au Groenland et on va aller faire des interviews d’une entreprise qu’on ne connait pas, dans un secteur qu’on ne connait pas et voila. Je pense que c’est ca aussi qui vient ajouter une petite couche d’anxiété dans notre zone de remise en question. “Je voulais les pingouins et j’ai Mr Leborant en interview qui m’explique les KPI des 6 derniers mois de sa boite de recouvrement”… Je grossis le trait et honnêtement je pense que j’en rajoute car je suis depuis quelques jours dans la zone de remise en question avec Mireille, je ne connais pas de Mr Leborant et j’adore les KPI !”
D’ailleurs Mireille elle a raison des fois. Cette zone de flou et de remise en question, elle est intéréssante et je pense obligatoire. Il faut apprendre à y faire des aller-retours. Car dans tout les cas elle est là, des gens y vont plus souvent que d’autre. Personnellement je progresse, avant j’y étais tout les 3 mois et j’y restais souvent une bonne semaine. Maintenant j’arrive à moins y aller et surtout à y rester moins longtemps. A l’époque où je travaillais tout les soirs dans l’évènementielle à Londres j’y étais toute les semaines, sauf que j’y restais vraiment pas longtemps.
Et je pense que c’est ca qui m’a poussé à faire tout ce que j’ai fais la bas. Cette zone, honnêtement, est horrible quand t’es dedans, mais elle apporte beaucoup.
Je sais que dès que j’arrive à en sortir je suis reboosté. J’ai envie de gravir des montagnes, je me trouve con d’y avoir été et du coup ca me relance du bon pied.
Parce qu’au final c’est quand même quelque chose d’assez basique.
Ca va pas? Pourquoi ca va pas? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour ca aille mieux? Je fais ce qu’il faut pour que ca aille mieux? Ca va mieux!
Et si je n’ai pas réussi, c’est que peut-être il faut changer alors.
Mireille il faut apprendre à l’écouter, ne pas la mettre de coter, mais pas prendre pour argent comptant tout ce qu’elle dit. Elle nous accompagne dans cette zone de remise en question pour une bonne raison. Nous faire aller mieux ou nous faire avancer.
J’écris ses articles comme une sorte de journal. J’ai adoré discuter avec les personnes qui ont répondu aux derniers articles. N’hésitez pas à commenter dans la section commentaire ici pour que l’on puisse lancer des discussions, plutôt que de tout faire en messages privés. Je pense que ca peu intéresser pas mal de monde. J’aimerais beaucoup avoir l’avis de personne travaillant en entreprises, savoir ce qu’ils en pensent, est-ce qu’ils ont cette zone et comment il gère Mireille?